L’hypnose, est-ce de la relaxation ou une forme de sommeil ?

Article à destination de tous·tes

En 2020, les professionnels de l’hypnose savent que la relaxation n’est pas nécessaire pour faire de l’hypnose. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Dans cet article, nous retraçons la découverte de l’hypnose active-alerte, un style d’hypnotisme utilisant l’activité physique plutôt que la relaxation. Nous verrons comment l’hypnose s’est historiquement différenciée de la relaxation puis nous nous intéresserons à ce que l’hypnose active-alerte peut vous apporter dans votre pratique professionnelle de l’hypnose.

L’hypnose, une forme de sommeil ?

Depuis Braid (1843), mais plus encore depuis la théorie de Pavlov (Pavlov & Gantt 1928), l’hypnose est comprise comme un état proche du sommeil. Cette théorie est dominante dans les années 1970, lorsqu’une jeune étudiante hongroise effectue ses recherches au sein du Laboratory of Hypnosis Research à l’université de Stanford sous la direction de Hilgard. Eva Banyai ne sait alors pas encore qu’elle va changer le cours de l’histoire. Dès 1973 elle observe que certaines personnes – lorsqu’elles sont hypnotisées – ont un comportement radicalement différent du sommeil. Plus actifs encore qu’au repos, ces personnes qui reçoivent des suggestions invitant au sommeil témoignent d’une sensation d’activité accrue, comme si elles étaient plus lucides que d’habitude. Ces résultats, qui contredisent les prédictions de la théorie Pavlovienne, sont à la racine d’une série d’études visant à tester le lien entre relaxation et hypnose. Les études que réalisent Banyai et ses collaborateurs ne parviennent pas à révéler les indices attendus d’un état proche du sommeil lors de l’hypnose, ce qui accentue ses doutes vis-à-vis de la théorie Pavlovienne.

Par conséquent, elle pose l’hypothèse que la relaxation et le lien au sommeil ne sont en réalité que des particularités culturelles, traditionnelles, qui ne sont pas nécessaires à l’induction de l’hypnose.

Un protocole pour tester l’hypnose active

Pour tester cette hypothèse, Banyai développe un protocole visant à démontrer la possibilité de produire l’ensemble des phénomènes hypnotiques classiques dans une condition active-alerte. Pour cela, les participants sont placés sur des vélos d’appartement où ils doivent pédaler pendant toute la durée de l’expérience alors que l’hypnotiseur s’emploie à défaire les stéréotypes de l’hypnose comme état somnolent, proche du sommeil. Aucune différence n’a été observée entre les formes traditionnelles d’induction (insistant sur le sommeil) et la forme active-alerte (sur vélo d’appartement). C’est-à-dire qu’en moyenne les participants produisent aussi bien les phénomènes hypnotiques suggérés lors du protocole, peu importe le style d’induction.

Image reproduite de Bányai, Éva I. "Active-alert hypnosis: History, research, and applications." American Journal of Clinical Hypnosis 61.2 (2018): 88-107.

L’hypnose active-alerte correspond non seulement aux comportements traditionnellement mesurés dans les expériences d’hypnose, mais aussi aux vécus classiquement associés à l’hypnose : perte d’initiative, chute des facultés critiques, attention focalisée. En revanche, d’autres aspects du vécu diffèrent entre les modes d’induction traditionnelle et active-alerte comme l’implication dans la tâche, la valence émotionnelle et le niveau d’éveil.

D’un point de vue historique, l’apport de Banyai et de ses collaborateurs a permis de dépasser la confusion de l’hypnose avec la relaxation et a ouvert la voie à la compréhension moderne de cette technique

Quelle place pour l’hypnose active en pratique ?

Nous allons maintenant nous intéresser plus spécifiquement aux implications de ces recherches pour la pratique moderne de l’hypnose.

L’hypnotisme contemporain se veut flexible, adapté à l’individu, et cela est uniquement possible car nous disposons d’un répertoire technique suffisamment varié. Ces recherches nous montrent un axe d’adaptation. Dans le contexte de l’étude, 20% des participants déclarent préférer l’induction active-alerte, contre 28% préférant celle plus traditionnelle impliquant la relaxation (les autres n’ont pas de préférence). Même s’il est probable que ces proportions changent avec l’époque et la culture, il reste à noter que les participants réussissent en moyenne mieux les phénomènes hypnotiques suggérés après l’induction qu’ils préfèrent.

Ainsi, faire tester ces modes d’induction et s’adapter aux préférences du client permet de maximiser sa réponse aux suggestions.

En supplément de la capacité d’adaptation accrue qu’offre l’hypnose active-alerte, elle influence aussi le mode relationnel qui s’établit entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé. En effet, selon les rapports des participants, le mode active-alerte semble favoriser une relation plus symétrique et amicale que le mode traditionnel qui peut favoriser un type de relation asymétrique de type maternant-paternaliste.

Quand préférer l’hypnose active à une hypnose plus passive ?

Attention : les exemples suivant relatifs aux psychopathologies sont donnés à titre indicatifs. Les problématiques reposant sur une psychopathologie diagnostiquée ou supposée incombent aux cliniciens professionnels de santé.

Bien que le mode d’induction active-alerte soit indiqué pour la majorité des applications de l’hypnose (médicales et d’accompagnement), l’étude souligne des problématiques spécifiques de clients avec lesquelles le mode active-alerte est particulièrement recommandé en séance (la liste complète est disponible dans l’article d’origine) :

  • Manque d’initiative et d’énergie, personnalité inhibée
  • Dépression
  • Développement des performances de l’individu (notamment pour les athlètes)
  • Travail avec des enfants qui supportent mal l’immobilité de l’hypnose classique

En revanche, le mode active-alerte est contre-indiqué pour des cas de pathologies qui dépassent le cadre de l’accompagnement comme les psychoses avec une symptomatologie positive (illusions, hallucinations, confabulations, agitation, etc.) et les phases maniaques de troubles bipolaires.

En pratique

Faire tester différents modes d’induction au client et lui demander ce qu’il préfère (ce qui marche le mieux pour lui) peut sembler être une perte de temps. Mais pour des accompagnements de quelques séances, pour des clients qui demandent une part de contrôle dans le processus d’induction ou pour des personnes qui répondent mal à l’induction que vous leur proposez, prendre le temps de tester au moins le mode passif et actif-alerte est un gain de temps et d’efficacité. L’induction active-alerte ne diffère en rien d’une induction classique, nous retrouvons une séquence d’effets hypnotiques progressifs qui étayent la suggestion d’état hypnotique. On peut cependant noter que certains inducteurs sont plus pertinents que d’autres pour l’hypnose active-alerte. Les inductions par focalisation du regard sont à privilégier ; attention cependant à ne pas fixer un point trop élevé, ce qui induit de la fatigue oculaire et une fermeture automatique des yeux en quelques minutes. Les inducteurs qui mobilisent le corps sont également utiles, comme la manipulation de la respiration, l’activité physique ou les inducteurs qui induisent de la saturation (cognitive ou sensorielle). Le rythme d’interaction entre hypnotiseur et hypnotisé est également plus rapide, ce qui peut se traduire par des questions courtes et spécifiques de la part de l’hypnotiseur entrecoupées de réponses courtes et spontanées de la part de l’hypnotisé. Dans ce cas, nous sommes bien loin des longs monologues traditionnellement présents dans l’hypnotisme.

Conclusion

Les travaux de Banyai et de ses collaborateurs ne conduisent pas à une élimination de la relaxation dans la pratique de l’hypnose, ils repositionnent simplement ce phénomène en périphérie, comme un phénomène optionnel que l’on peut utiliser ou non selon les circonstances. Ces circonstances peuvent concerner la problématique ou simplement les préférences du client.

Ces recherches ont donc permis d’aboutir à la vision actuelle de l’hypnose, où la relaxation est une possibilité et non une nécessité.

Allez plus loin, découvrez un article de synthèse :

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