Qu’est-ce que l’effet placebo ?

Article à destination des hypnotseur·euse·s

Tout le monde connait l’effet placebo, n’est-ce pas ? En tant que professionnel de l’hypnose vous avez probablement été confronté un jour ou l’autre à une personne déclarant négligemment « non, mais ton truc ça marche pas vraiment, c’est du placebo ». Et pour cause ! Dans l’imaginaire populaire, mais parfois aussi chez les professionnels, « placebo » est synonyme de « non-efficace ». Cet article vise à donner un rapide tour d’horizon de l’effet placebo, lui redonner ses lettres de noblesse et souligner son lien avec nos pratiques. Après avoir lu cet article, vous ne vous défendrez plus d’utiliser l’effet placebo, vous le revendiquerez comme une compétence et une fierté.

Une vignette historique

On retrouve dans un ouvrage de psychologie empirique de 1787 un paragraphe concernant « l’impact de l’imagination sur le corps ». On y lit que de la mie de pain, présentée sous la forme d’une gélule, peut induire les mêmes effets qu’un médicament lui-même par l’effet des attentes et d’une imagination intense. Pour illustrer cet effet aussi vieux que l’hypnose, rien de tel que cette anecdote du célèbre médecin Stewart Wolf.

Depuis de nombreuses années, il traitait un patient asthmatique chronique en proie à des crises quasi permanentes depuis ses dix-sept dernières années. Wolf demanda à un laboratoire pharmaceutique de lui fournir un nouveau médicament, qui avait la réputation d’être particulièrement efficace dans cette affection. Il le reçut et le fit prendre à son patient qui s’en trouva fort bien ; suspectant une amélioration d’ordre psychologique, il commanda au laboratoire un placebo de ce médicament, donné à l’insu de son patient, qui rechuta aussitôt. Aussi Wolf répéta-t-il plusieurs fois l’expérience : chaque fois que son patient prenait le médicament, il s’en trouvait fort bien, et rechutait à chaque nouvelle prise de placebo. Peut-on trouver meilleure démonstration de l’efficacité d’un médicament ? Pourtant, Wolf apprit plus tard par le laboratoire que depuis le début son patient n’avait reçu…que du placebo !

Source : « The pharmacology of Placebo ». Pharmacologic Rev. 1959 ; 11 : 689-704. / citation française depuis https://www.pseudo-sciences.org/L-effet-placebo-et-ses-paradoxes

Difficile de tenir une opinion négationniste sur l’effet placebo, dans l’exemple ci-dessus, le patient du Dr. Wolf a réellement bénéficié d’une amélioration quand son médecin pensait lui fournir un remède efficace. Et si l’on veut dépasser la simple anecdote, il y a bel et bien une raison pour laquelle les médicaments et autres dispositifs thérapeutiques sont testé en double aveugle contre un placebo : c’est que la condition placebo EST efficace dans une certaine mesure.

Des effets placebo ?

Parler de l’effet placebo pourrait faire croire qu’il n’y a qu’un seul mécanisme responsable de l’efficacité mentionnée ci-dessus. Or, si l’on définit cet effet placebo comme l’effet non-spécifique d’un traitement ou d’une prise en charge, de nombreux phénomènes concourent à expliquer que de la mie de pain ou un granule de sucre puisse avoir un effet.

Une première catégorie de phénomènes présente dans l’effet placebo pourrait être appelée « illusion de résultat », puisque l’efficacité observée est purement fortuite. Cette famille contient notamment le taux d’évolution spontanée, par exemple peu importe le traitement pris dans le cas d’un rhume commun, les symptômes disparaissent après une à deux semaines. De la même façon, pour l’hypnose, peu importe les suggestions faites, le fait de rester immobile pendant une longue période crée de l’engourdissement : c’est une évolution spontanée.

Dans cette catégorie se trouve également d’autres phénomènes comme le fait de rationaliser après-coup (« si je vais mieux et que j’ai pris tel traitement, c’est qu’il fonctionne ») ou de prêter attention aux évènements qui confirment nos aprioris (se souvenir de toutes les fois où ça a marché et non des fois où ça a échoué), mais nous ne discuterons pas en détail des mécanismes présent dans cette famille. En effet, pour des praticiens de l’accompagnement, ils sont relativement inintéressants puisqu’ils sont purement fortuits et ne dépendent pas de nous. Passons donc à la deuxième famille qui sera le cœur de notre propos et qui concerne les phénomènes contextuels. L’effet de conditionnement est un composant essentiel de cette famille. Quand une procédure (comme prendre une pilule rouge) même plusieurs fois au même résultat (comme une augmentation du rythme cardiaque), la simple forme de la procédure (la pilule sans principe actif) peut éliciter une réponse similaire (un rythme cardiaque plus élevé). Mais ce n’est pas tout, les interactions sociales peuvent également moduler une réponse. C’est notamment le cas quand les représentations et interactions sociales nous amènent à être sous-performant, ce qui est connu dans la littérature sous le nom de « menace du stéréotype » ou « effet Pygmalion ». C’est aussi le cas avec la douleur, où le calme et la confiance et le soutien de l’entourage immédiat peut réduire la sensation douloureuse. Dans ce cas, il est probable que l’effet des hormones impliquées dans la régulation du comportement social comme l’ocytocine et la vasopressine jouent un rôle dans l’hypoalgésie. Mais plus important pour nous, les effets d’attentes peuvent directement (c.à.d. sans intermédiaire) modifier notre expérience subjective. Ces effets d’attentes occupent une place si importante dans nos pratiques que nous y consacrons la prochaine section.

La boucle suggestion-perception au cœur de la transe ?

Effet d’attente, amorçage, priming, suggestion… voici des termes avec lesquels différentes communautés parlent du phénomène qui nous intéresse particulièrement au sein de l’hypnose et du placebo. Notre environnement ne nous communique pas le sens qu’il possède : nous construisons le sens des objets et événements du monde à partir de ce que nous en percevons et de nos apprentissages passés. Par exemple une lumière rouge peut signifier « stop » sur la route, mais « en route » sur un appareil ménager, une couleur pale peut signifier « comestible » sur certains champignons et « mortel » sur d’autres. Fort heureusement pour notre survie et notre bien-être, notre cerveau et notre culture nous permettent d’automatiser l’interprétation du monde, nous permettant de « savoir » que mettre la main sur une plaque chauffante brûle.

Cependant, dans un grand nombre de situations, les informations venant de l’environnement sont parcellaires ou incertaines et nous devons d’avantage nous fier à nos aprioris et autres expériences passées. C’est par exemple le cas lorsque nous croyons reconnaitre l’expression faciale de quelqu’un. De nombreuses études ont manipulé les informations données aux participants avant de leur présenter un visage d’une personne avec une certaine expression faciale. Et sans surprise, ces informations peuvent radicalement changer notre interprétation. D’autre part, nos expériences passées nous préparent à faire face au monde tel que nous le percevons : percevoir un danger, réel ou non, déclenche tout une cascade de phénomènes physiologiques dans le corps. A l’inverse, se percevoir comme une personne compétente et en contrôle de la situation produit des réactions bien différentes…

Ainsi, nos attentes influencent nos perceptions (ou tout du moins nos interprétations) et notre perception de la situation, combinée à nos expériences passées peut modifier nos attentes. Il y a donc un potentiel effet circulaire dans ce processus. Et cet effet circulaire est au cœur de ce que l’on appelle habituellement la transe. Ces effets présents dans le phénomène placebo constituent donc un aspect essentiel de la pratique de l’hypnose, mais également de toute forme d’accompagnement. Comment dès lors cultiver les effets positifs de ce mécanisme et échapper aux pièges du nocebo ? C’est ce que nous allons explorer dès à présent.

Doper l’effet placebo, neutraliser l’effet nocebo

Manier la suggestion avec l’efficacité d’un professionnel est bien au-delà de l’ambition de cet article, c’est une compétence que vous possédez par votre formation et que vous continuerez de développer par la formation continue et la pratique. Néanmoins, nous pouvons souligner quelques points clefs de la recherche sur l’effet placebo qui ont un impact pratique immédiat pour notre métier.Le premier point directement utilisable concerne le conditionnement. Il a été observé que les suggestions verbales produisaient de meilleurs effets après une procédure de conditionnement. Cela a notamment une utilité dans les accompagnements de préparation pour une intervention particulière, comme dans le cas de la préparation à l’accouchement, la préparation à une épreuve sportive ou de prise de parole en public. La procédure de conditionnement est extrêmement simple et correspond à ce que nous avons l’habitude de pratiquer dans notre métier sous le terme « ancrage ».

Il s’agit d’appareiller un déclencheur (comme une suggestion verbale, une odeur, un contact, etc.) avec l’état voulu. Répéter l’opération en alternant les phases où le déclencheur n’est pas là et l’état non plus, avec les phases où le déclencheur est suivi de l’état. Pour un exemple concret, et amusant à faire, vous pouvez vous suggérer un regain d’énergie et de vitalité avant de prendre une boisson énergisante, puis au bout d’une dizaine de répétitions espacées dans le temps, suggérez-vous cet effet sans prendre la boisson, cela devrait déclencher une réaction physiologique semblable.

Cet effet de conditionnement nous invite de surcroit à profiter des conditionnements déjà établis chez notre client et à suggérer des expériences connues et répétées en replaçant la personne dans ce contexte. C’est ce que nous faisons par exemple lorsque nous suggérons de l’absorption en décrivant au client ce qu’il se passe lorsque l’on conduit longtemps sur l’autoroute. Si le client à l’habitude d’être absorbé par la conduite, notre description (pour peu qu’elle corresponde au vécu du client) va réactiver le conditionnement et faciliter l’absorption. Mais dans le cas où le client n’a jamais pris la route, notre description sera assez inefficace…

Deuxième point à retenir : la congruence. Rappelez-vous de l’anecdote du docteur Wolf en début d’article. La seule chose qui variait entre les deux versions du placebo qu’il administrait à son client, c’était sa propre conviction que l’un des deux était en réalité le véritable médicament. La confiance que nous avons dans le potentiel de changement de notre client compte pour beaucoup dans sa capacité à changer, et nous ne pouvons pas nous permettre de laisser cela au hasard. Croire que le client peut changer, voire même qu’il est absolument impossible pour lui de ne pas changer, communique tout un faisceau d’indices verbaux et non-verbaux qui ont une influence sur son évolution.

Dernier point important à mentionner : le client est déjà pris dans des boucles de suggestion-perception quand il vient nous consulter. Autrement dit, nos clients viennent nous voir avec un ensemble d’effets nocebo dont ils n’ont pas conscience et qu’ils considèrent comme en dehors de leur contrôle. Lorsque nous enseignons à nos clients à repérer ces schémas répétitifs pour leur rendre la responsabilité de les changer, nous leur ouvrons un chemin d’autonomie qu’ils pourront poursuivre bien au-delà du temps que nous passons à leur cotés. Cette démarche de pédagogie et d’hygiène psychologique est, très certainement, le plus grand tournant que le domaine de l’accompagnement opère depuis ces dernières années.

Conclusion

Doit-on finalement se défendre d’utiliser des mécanismes présents au sein de l’effet placebo ? J’espère que cet article vous aura convaincu du contraire. Reconnaitre et explorer les mécanismes de l’effet placebo cachés au sein de nos pratiques permet une plus grande liberté et une plus grande efficacité.

Mais reconnaitre cela nous révèle également des défis pour la profession : comment construire des attentes positives tout en étant transparent ? Comment éviter de teinter nos pratiques de la connotation négative qui entoure le placebo ? Quels ponts peuvent être construits entre différentes pratiques construites autour de l’effet placebo ?

Allez plus loin, découvrez un article de synthèse :

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