L’induction hypnotique est-elle nécessaire ?

Article à destination des hypnotseur·euse·s

L’induction est sans conteste l’élément iconique par excellence de l’hypnotisme dans l’imaginaire populaire. Véritable « porte entre les mondes » pour le profane, cette procédure est également au cœur de nombreux débats entre professionnels de l’hypnose. La vision des praticiens repose souvent sur leur parcours de formation, leur obédience théorique et leur expérience personnelle. Nous vous proposons à travers cet article de faire le point sur les questions qui planent sur l’induction : où en est la science ? Que sait-on vraiment sur cette procédure ? Quelles questions restent en suspens ? Et quelles perspectives pour demain ?

Sans vous gâcher le plaisir de la découverte, cet article se veut souligner l’étendue du champ de recherche qu’il reste à mener sur ce sujet à la fois passionnant et ultimement pratique qu’est l’induction hypnotique. Pour le dire autrement, en 100 ans la recherche sur l’hypnose s’est assez peu focalisée sur l’aspect technique de l’induction et une part importante du mystère subsiste.

Qu’est-ce qu’une induction ?

L’induction est considérée comme l’étape initiale de toute procédure hypnotique. Elle suit généralement les remarques introductives à l’hypnose (aussi connu sous le terme « discours pré-hypnotique ») et se compose d’instructions et de suggestions qui visent à rendre le participant réceptifs aux suggestions ultérieures qui ciblent l’expérience et les comportements. Même si les inductions sont d’une hétérogénéité extrême, la plupart ont pour objectif de favoriser un état attentionnel d’absorption dans le discours et les actions de l’hypnotiseur et une perte d’attention à l’environnement et autres distractions.

Les composants classiques des inductions

Les inductions standards sont généralement composées de quatre éléments :

  • L’identification de la procédure comme « hypnose »
  • Une disposition réceptive
  • De la relaxation
  • Une disposition à l’absorption

L’identification de la procédure comme « hypnose »

Les données expérimentales suggèrent un impact positif de l’utilisation du mot « hypnose » dans la procédure d’induction pour augmenter la suggestibilité. Il est néanmoins probable que cet effet soit spécifique aux représentations et attentes culturelles des occidentaux.

« À chaque marche, vous vous sentez descendre de plus en plus profondément dans un état hypnotique »

Dans tous les cas, le mot « hypnose » seul est insuffisant et nécessite des actions concrètes pour avoir un effet.

Une disposition réceptive

La disposition réceptive, ou état d’esprit réceptif (« receptive set » dans la langue de Shakespeare), correspond à ce qui est décrit dans la littérature comme « attente à la réponse ». C’est-à-dire à des attentes sur le comportement ou les changements subjectifs qui pourraient se produire. Ces attentes suffisent parfois à déclencher ces effets de manière spontanée.

Pour plus d’information sur les mécanismes à l’œuvre, n’hésitez pas à consulter ce cours sur « les approches scientifiques de l’hypnose ». La recherche sur les effets d’attente en condition hypnotique a montré une très forte association entre la disposition réceptive et la suggestibilité hypnotique.

« Dans quelques instants vous allez vous sentir de plus en plus lourd, et vous pouvez commencer par trouver la partie de votre corps qui s’alourdit en premier »

De la relaxation

Toutes les données indiquent que la relaxation n’a aucune influence en elle-même sur la suggestibilité. Nous avons déjà détaillé dans un article précédent les données expérimentales qui permettent de tirer ces conclusions. La relaxation n’est donc pas un élément nécessaire de l’induction, bien qu’elle y soit souvent présente.

« Laissez tous les muscles de votre corps se détendre, et sentez votre esprit se relâcher de plus en plus»

Une disposition à l’absorption et à la réduction de la pensée critique

L’absorption quant à elle semble augmenter la suggestibilité, bien que cet effet soit plus modeste que l’attente à la réponse. L’absorption est définie par la fixation de l’attention sans effort sur un objet à l’exception de tous les autres. C’est ce dont nous faisons expérience lorsque nous sommes « scotchés » sur une télévision ou un smartphone.

« Prenez un point, n’importe quel point sur votre main, et fixez le intensément, comme si ce point était la chose la plus importante au monde, comme si vous vouliez en percer tous les mystères »

En addition à tous ces éléments « classiques » de l’induction, la réduction de la pensée critique a montré une amélioration de la suggestibilité. Il est donc conseillé de proposer au futur hypnotisé de ne pas chercher à rationaliser et comprendre l’expérience mais de la vivre, et de l’aider à mettre de côté le jugement de l’expérience.

« Ce qui est important dans ce qui va se passer, c’est de vivre l’expérience. Certaines personnes veulent comprendre avant d’avoir vécu, mais ce n’est pas comme ça que fonctionne l’hypnose. Certaines personnes jugent tout ce qui se passe pendant que ça se passe, mais ce n’est pas comme ça que fonctionne l’hypnose. Alors laissez le jugement et la compréhension pour plus tard, vous aurez tout le temps pour ça après l’expérience »

D’un autre côté, les instructions incitant à utiliser volontairement l’imagination ne semblent pas influencer la suggestibilité, voire la réduisent. Il est bien plus conseillé de stimuler l’imaginaire que d’imposer à l’hypnotisé d’imaginer quoi que ce soit. La qualité de l’imagination spontanée, elle, correspond bien au niveau de suggestibilité de l’hypnotisé.

« Vous n’avez pas à imaginer ce dont je vous parle, mais il se peut que des images, des sons et des sensations surviennent dans votre esprit, des images qui emmènent à d’autres images, qui déploient toute une expérience onirique que vous pouvez vivre pendant cette séance »

Malheureusement, la recherche s’est intéressée à ces facteurs de manière isolée et il est impossible aujourd’hui d’avoir une vision claire de leur interaction.

Que se passe-t-il spontanément après une induction ?

En addition de l’étude des éléments de l’induction hypnotique et de leur efficacité pour la modification de la suggestibilité, la recherche s’est également intéressée aux expériences spontanées qui suivent les procédures d’induction.

Les résultats indiquent de manière stable des altérations dans la perception du corps et du temps, dans la perception de la signification et du niveau d’éveil, mais aussi une amplification des affects et de l’imagination avec également une diminution de la conscience de soi, de la rationalité, de la volonté et des performances mémorielles. Il est intéressant de noter que les quelques inductions testées mènent globalement aux mêmes expériences spontanées, même s’il est probable que nos représentations culturelles et les techniques employées soient déterminantes dans cette phénoménologie. On peut par exemple se demander si les amnésies spontanées sont réellement dues à l’expérience hypnotique ou si elles viennent de l’état de somnolence associé.

Le débat sur l’induction

Il existe des positions extrêmes concernant l’induction : certains déclarent que certaines inductions sont particulièrement efficaces (ex :  Bandler & Grinder) ou au contraire que toutes les inductions ont un effet similaire et relativement faible (ex : Spanos). Dans ce dernier cas, tout pourrait faire office d’induction. Ce ne serait que le lien que l’hypnotisé tisse entre la procédure et la réponse associée qui serait important. Ainsi, peu importe que l’on compte à rebours, que l’on induise de la relaxation ou que l’on sonne un gong, seules les attentes du participant déterminent l’influence de la procédure sur la suggestibilité. Analysons un peu plus au détail cette position.

Toutes les induction se valent ?

L’approche indirecte Ericksonnienne est souvent invoquée par les cliniciens comme contre-argument à la position exposée précédemment. Cependant, les études ayant testé ce type d’induction n’ont pas révélé une efficacité supérieure aux inductions classiques, que ce soit au niveau comportemental ou dans l’expérience subjective des participants. De façon similaire, les inductions par fixation du regard ne sont pas plus efficaces que les autres inductions et les inductions relaxantes ont une efficacité similaire aux inductions alertes ou à l’induction de Chiasson.

Les inductions varient également fortement en longueur dans la pratique. Entre les inductions légendairement interminables de Milton Erickson et les inductions rapides parfois utilisées sur scène, la question se pose de savoir si l’efficacité de l’induction dépend de sa longueur. Peu d’études ont évalué cette question, mais aucune n’a trouvé d’influence significative sur la suggestibilité ni sur l’expérience spontanée suivant la durée d’induction.

Malgré cette relative indifférence quant à la méthode d’induction, il semble présomptueux d’enterrer cette procédure. En effet, même si certains effets semblent ne pas bénéficier d’une induction, la recherche sur la confabulation hypnotique (« hypnotic delusions », comme le fait de voir une autre personne en regardant un miroir suite à une suggestion hypnotique par exemple) suggèrent des effets jusqu’à huit fois plus grands par rapport aux suggestions qui ne sont pas précédées d’une induction.

Ces recherches reposent malheureusement sur des données assez réduites et souffrent de problèmes méthodologiques assez handicapants. Par exemple le résultat sur la longueur de l’induction ne repose que sur deux études (de 1970 et 2001) contenant une trentaine de participant par groupe et le contraste d’induction (long vs. court) est assez négligeable puisque les deux impliquent de la fatigue oculaire, ce qui serait considéré aujourd’hui comme une induction relativement médiocre par l’ensemble des professionnels en l’absence d’autres leviers. Pour conclure, si l’induction utilisée est peu efficace, ce n’est pas en la maintenant plus longtemps qu’elle le deviendra. Malheureusement, c’est pratiquement la seule conclusion qu’il est aujourd’hui possible de tirer sur la question de l’efficacité relative d’une induction par rapport à une autre. Prudence donc, en attendant que des études plus modernes ne reprennent ces questions avec des méthodologies plus poussées.

Efficacité variable de l’induction et différence interindividuelles

Il est indéniable que la réponse hypnotique est largement différente selon les individus. Etant donné le rôle de l’induction dans la procédure hypnotique, ce n’est pas choquant de trouver des profils de personnes qui répondent différemment aux inductions. Dès les années 1960, Tart et Hilgard ont pu identifier des individus hautement suggestibles au repos qui conservent cette suggestibilité après une induction et d’autres qui au repos sont faiblement suggestibles et dont la suggestibilité augmente après l’induction. Ces données nous conduisent à considérer la grande variabilité entre les individus et à s’adapter aux besoins de chacun.

Conclusion

Que peut-on retenir de la recherche sur les inductions ? Et surtout, comment utiliser ces résultats pour optimiser l’efficacité de nos inductions ?

Si nous pouvons retenir une chose de la recherche scientifique sur l’induction hypnotique, c’est qu’il s’agit d’un champ encore jeune et en évolution, dont la plupart des débats sont encore actifs. Malgré tout, voici les points d’optimisation les plus solides issues de la recherche expérimentale :

  1. Guidez le client vers un état d’absorption et une réduction de la pensée critique
  2. Augmentez les attentes
  3. N’insistez pas sur les éléments inutiles comme la relaxation ou l’utilisation de l’imagination volontaire.

Il convient cependant de rester humble et prudent. Si plusieurs décennies de recherches n’ont toujours pas résolu les questions essentielles au cœur de la notion d’induction, nous pouvons être d’autant plus prudents sur nos propres certitudes concernant ce processus encore bien mystérieux.

Les résultats de cet article et l’état actuel de la littérature scientifique semblent indiquer que l’induction ne peut être considérée comme un processus unique menant vers un état unique, mais que différents états et différentes suggestions bénéficient de différents processus d’inductions. Le futur nous indiquera si cette vision se révèlera correcte, et c’est une thématique centrale explorée par le laboratoire PRHySME !

Allez plus loin, découvrez un article de synthèse :

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